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Des logements en +.

15 mars 2010

Nous sommes le lundi 15 mars, la trêve hivernale prend fin.

Les personnes redeviennent expulsables du logement qu’elles occupent, les séropositifs aussi.

Pourquoi parler de logement sur un blog consacré au sida?

Tout simplement parce qu’il est reconnu que la situation sociale d’une personne séropositive a un lien important avec sa propre santé physique.

Ce sujet pose la question de la prise en charge d’une personne séropositive, celle ci est médicale mais aussi sociale. Dans les deux cas, elle est généralement individuelle, nous sommes tellement obnubilés par le sacro-saint secret professionnel que nous en oublions une chose importante. Certes, il s’agit là d’individus, mais ces individus forment une sorte de communauté. Noir, blanc (ou autre chose), hétéro, LGBT (et ceux qui ne savent pas), à carreaux ou à petits poids (ou uni): nous sommes séropositifs, nous avons les mêmes besoins, les mêmes inquiétudes, les même interrogations. Sortons de l’entretien en tête à tête avec le médecin pour mettre en commun nos solutions.

Il n’y a rien de pire que l’instabilité (en général) pour prendre correctement un traitement (en particulier). Permettre à une personne séropositive d’avoir un logement (social ou non) est un élément important pour l’amélioration de sa santé. La mise en place d’un protocole de traitement est un mécanisme complexe où l’ensemble des maillons de la chaine doivent suivre au risque que tout s’écroule.

C’est pour cela qu’il est important de connaître ses droits en la matière, c’est pour cela qu’il est important que les pouvoirs publics soient audacieux sur le sujet. C’est pourquoi il est important que nous ayons un toit.

C’est une question de vie ou de mort.

Je ne me voile pas la face, la question du logement est un sujet difficile et complexe. Je ne suis pas du genre à me dire qu’il est possible de construire un million de logements (par an) en France car cela est matériellement (non pas financièrement) impossible. Il n’y a pas assez de main d’œuvre (en situation régulière ou non) en France. Mais ceux qui sont déjà dans un logement, ceux qui ont la tête à peine hors de l’eau, pourquoi les écraser? Pourquoi leur faire mettre le dernier genou qu’ils n’avaient pas à terre? Cette fin de trêve hivernale va donner lieu à des situations catastrophiques socialement et médicalement. Le simple fait de vivre un stress peut être un facteur de risque, c’est déstabiliser une personne: les procédures d’expulsion sont déstabilisantes.

Aujourd’hui je suis en colère.

Il faut à tout prix un moratoire sur les expulsions, que les mécanismes existant soient perfectionnés, car avant de faire plus, il faut faire mieux. Ces dispositifs sont lourds, ils sont contraignants, comme les trithérapies. Il est difficile de demander à une seule personne de tout supporter car la fragilité sociale d’une personne séropositive est grande.

Aujourd’hui je suis solidaire de mes frères et sœurs séropositif-ve-s pour qui un toit, ce n’est pas qu’un truc en +.

NB: En cas de menace d’expulsion, les deux premières choses à faire, c’est de prendre contact avec le service social de votre commune et de ne pas hésiter à prendre rendez vous avec l’élu en charge du logement de votre ville. Ils travaillent souvent ensemble, selon les situations ils sont à même de pouvoir vous aider.

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La parole est d’argent et le silence est de mort.

23 janvier 2010
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Il n’était pas dans mon intention d’utiliser ce blog pour des réactions « à chaud ». La vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Au début de l’épidémie de sida, au delà de la maladie en elle-même, un autre fléau est survenu : l’indifférence.

Une vraie bombe sociale.

Les amis de mes amis sont tombés comme des mouches. Après leur décès, ceux-ci ont voulu leur rendre hommage. C’était sans compter sur les familles des défunts qui en gardien du temple de la mémoire de leurs enfants ne voulaient pas que la séropositivité de ceux-ci soit connue. Recalés au deuxième, troisième voire dernier rang lors des funérailles… quand ils avaient le droit d’être là. Des « tolérés ». Nombre de conjoints qui avaient commencé depuis peu ou depuis des années une vie commune se sont du jour au lendemain retrouvés à la rue. Des situations humainement inacceptables qui ont transformé des deuils en rage.

Le sida révélateur social.

A partir de là, il n’était plus question de lutter uniquement pour que les malades ne soient plus des morts en devenir, mais bien de faire prendre conscience aux gens de la situation que pouvait vivre une partie des membres de la communauté nationale, principalement des homosexuels à l’époque. Un mouvement militant allait naître de cette rage.

Un bond de 20 ans en arrière.

Depuis quelques jours en France, deux personnalités séropositives sont mortes. Le traitement médiatique autour de leur mort ont été diamétralement opposé. Elles ne sont visiblement pas mortes du sida, comme le veut la doctrine médicale à ce jour, mais il est clair que la présence du vih ne fut pas un bien à leur état de santé… mais là, je m’avance beaucoup sans connaître les tenants et aboutissants qui tiennent au droit -légitime- du secret médical. Il n’en demeure pas moins, ils étaient séropositifs.

Quand Mano Solo est mort, j’étais en deuil.

Je me suis reconnu en lui, en me demandant si moi aussi un jour j’allais faire une rupture d’anévrisme, les traitements étant certes efficaces mais lourds de conséquences sur le bon fonctionnement normal de mon corps, il m’est très vite apparu qu’un jour, un truc clocherait. Il fallait m’y préparer. Le deuil passé, j’ai repris mon calme et me suis dis qu’il n’était peut-être pas encore utile de me pourrir l’esprit.

Quand Daniel Ben Said est mort, j’étais en rage.

Je me suis rappelé de ce que mes amis plus âgés m’avaient raconté. Au mieux je prenais ça pour une légende urbaine, au pire comme une histoire de vieilles grands-mères normandes qui me parlaient de temps ancestraux, et qui vraiment parfois radotaient un peu trop. En 2010 nous pouvons encore mourir d’une « longue maladie ». J’enrage!

Un jour je vais mourir aussi.

Ces deux décès m’ont rappelé que moi aussi je devrai mourir, d’une longue maladie ou bien écrasé par un automobiliste en retard pour le diner préparé par sa femme. Il n’en demeure pas moins que dans les deux cas, je serais toujours séropositif. Le décès d’un être cher (ou en solde) est toujours un moment difficile qui n’ouvre pas forcément aux comportement les plus rationnels. J’ai eu a vivre moi même un décès familial très douloureux, celui de mon grand-père. Il est lui aussi mort d’une très longue maladie, entouré des gens qu’il aimait, mais dans une -presque- indignité. Il souffrait le martyr. Il avait pris des dispositions écrites, ma grand-mère a jugé bon de ne pas toutes les suivre. Preuve qu’il n’est pas forcément bon de laisser le soin aux vivants de s’occuper de « votre après ». Maitriser le présent est déjà suffisamment difficile.

Devenir, vivre et mourir séropositif, compte tenu de la situation de la maladie, donne presque implicitement des devoirs particuliers aux malades et à son entourage, celui d’assumer la maladie, au moins quand survient la mort. Comment faire de la prévention concernant une maladie qui n’est jamais nommée.

Je sais bien que cela peut paraître choquant, mais je l’assume. Je fais de facto parti d’une « communauté de destin » qui a eu un passé, qui a un présent et qui nous le souhaitons tous aura un avenir… Il m’est insupportable d’imaginer que si j’avais un entourage familial hostile à ma maladie, mes compagnons de route ne puissent pas haut et fort crier que j’étais séropositif. Il est compréhensible pour une personne de son vivant de ne pas faire état de sa maladie. Elle implique encore trop de difficultés.

Mais de le dire après, pour lui, n’est ce pas rendre justice?

Dans un monde où le politiquement correct est de mise, il est à craindre qu’un jour, nous ne dirons plus que tel ou tel est mort « d’une longue maladie », mais simplement « avec un truc en + ».

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J’assume donc je suis!

20 janvier 2010
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J’ai dit à mes parents et à mes ami(e)s que j’aimais les hommes à l’âge de 15 ans, me revoilà quelques années après devant le même dilemme.

Je vais devoir assumer mon statut sérologique.

L’annonce à ma mère ne fut pas chose facile mais je l’ai fait, l’avoir dit à ma grand mère pied-noir impliquait forcément que toute la famille allait l’être, c’est un peu impersonnel mais au moins, c’est rapide et ça facilite les choses. Un régiment de psychothérapeutes, une tonne de mouchoirs et le temps faisant,  la famille est maintenant un soutien.

La famille est un groupe complexe, il est des fois persuadé de faire votre bonheur… à vos dépends. Il fut difficile pour moi d’expliquer mais surtout de faire comprendre que ma maladie m’appartient, et que je suis seul à décider de ce que je faisais. Des engueulades, des pleurs, mais j’ai gagné cette bataille. Je ne ferais rien pour leur faire plaisir, mais bien pour moi…

Les ami(e)s, c’est pas compliqué, s’ils ne sont pas un soutien, ils ne sont pas des ami(e)s. Je dois avouer que sur ce plan là, mes ami(e)s sont tous restés mes ami(e)s. Il faut noter le grand étonnement général à l’annonce de ma séropositivité, nombre furent très étonné(e)s, j’étais très sensibilisé aux questions de vih. Comme quoi certes, ce sont souvent les cordonniers les plus mal chaussés, mais surtout il ne suffit que d’une fois…

Il reste les amants…

Aiment-ils vos fesses pour ce qu’elles sont, ou pour ce qu’ils pensent qu’elles sont… ? J’ai tout de suite eu le réflexe de parler de ma séropositivité à mes amants. Les réactions ont été aussi variées que pouvaient être mes amants. Les questions plus ou moins maladroites, des fois blessantes… « tu comprends j’ai une enfant, je ne peux pas prendre de risques ». A croire que lui faire partager cette information sous entendait que je voulais partager mon vih avec lui…

Il y a celui,  qui pour faire passer plus facilement le fait de ne plus vouloir coucher avec moi à cause de ça, m’a dit « mais nous resterons amis quand même, t’es un garçon gentil ». Et bien justement non, pas tout le temps, la preuve : « tu peux aller te faire f***** ». un amant, reste un amant, je ne couche pas avec mes amis et je ne suis pas ami avec ceux qui ont couché avec moi. Je n’arrivais pas à comprendre les réactions négatives vis à vis de ma séropositivité. Non pas par principe, les principes ne reposant sur rien, je ne voulais pas que ce postulat ne repose lui aussi sur rien. Je me suis rappelé d’une chose assez bête…

J’ai été séronégatif !

Quand j’étais séronégatif, je fus confronté moi même à la situation du plan cul de la nuit me disant entre deux pipes « au fait, il faut que je te dise je suis séro+… » ma réaction était sans appel :

« So what darling ? Le latex est là!! ».

J’ai essayé de lui faire comprendre que le préservatif n’est pas uniquement là pour le protéger,  bah ouai, je pense à moi des fois, la capote est là pour que je ne me pose pas de question sur lui… et son statut sérologique. Il me jeta un joli sourire en me disant « one point ! » .

Sans prendre de risque, nous avons pris notre pied ! ;o)

Puisque moi même je ne portais pas de jugement, pourquoi les autres pourraient se permettre de juger « mon truc en + » .

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Au commencement était le verbe : contaminer

15 janvier 2010
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Je fus contaminé un soir, j’étais bourré, et j’ai merveilleusement bien baisé. Le garçon était beau et les orgasmes fantastiques. Voilà pour le tableau, depuis je suis séropositif.

Je vois plus souvent mon médecin que ma grand-mère.

Apprendre ma séropositivité n’est pas le « pire moment de ma vie », il est juste un jour que j’aimerais oublier, mais qui est et sera toujours là, dans ma tête.

Le médecin qui a eu la charge de le faire, est mon médecin traitant depuis 10 ans. Celle ci est une femme sympa, elle n’hésite pas à me bousculer, à me gueuler dessus par rapport au trop grand nombre de cigarettes que je fume, de toute manière elle aime bien gueuler… elle le fait merveilleusement bien sur les dérives administratives de la Sécurité Sociale.

C’est une femme que j’estime.

Ce jour là, elle est différente, elle doit avoir l’habitude d’annoncer des séropositivités, elle est médecin généraliste à Paris, dans un arrondissement populaire… elle doit en voir des séropositifs… forcément…

Elle m’accueille chaleureusement, je sens sur moi son regard bienveillant… elle aurait envie de me faire un câlin que je ne me tromperais pas. Dès le départ elle me dit « Il y a un problème avec vos résultats, j’aurais vraiment aimé ne pas avoir à vous le dire, mais… vous êtes séropositif ». Que dire par Toutatix ; le ciel me tombe sur la tête, que faire ? Pleurer ? Hors de question, elle sent que je ne sais plus quoi dire et faire, elle me demande « il va falloir vous faire suivre, vous avez une préférence d’hôpital ? » Elle me donne la liste des hôpitaux parisiens. Je rentre chez moi, je suis seul.

Je suis en couple depuis quelques mois et nous vivons ensemble. J’aime mon homme, il arrive. J’explose en larmes dans ses bras, il me console en me demandant ce qui arrive. J’ai 24 ans, je vis une merveilleuse histoire d’amour. Je ne trouve qu’une seule chose à dire, répéter presque mots pour mots les paroles de mon médecin « il y a un problème avec mes résultats, je suis séropo… » A ce moment là, un seul mot sort de sa bouche, « merde ! » je pense que j’aurais eu la même réaction. Il est affectueux, présent.

Lui et moi avons la même question, « comment le dire à ma mère ? ».

Présentation : ma mère est née en Tunisie, fille d’une femme de militaire français elle-même née en Tunisie, elle n’a que moi dans sa vie. Elle a quitté mon père 4 mois après ma naissance. Certes elle a continué sa vie de femme, mais elle a tout misé sur moi. Je suis son tout, je suis son but. Faire de moi « quelqu’un de bien ». Je lui ai dit très tôt  que j’aimais les hommes, elle n’y a vu aucun problème, juste une information donnée. Elle a été à mes côtés et a tout fait pour que je ne souffre pas de ma « petite différence ». Mais là, c’est autre chose, elle est la marraine d’un enfant ayant eu des problèmes de santé, elle sait donc que les hôpitaux, la maladie, ce n’est pas drôle, et puis… je suis son fils…

J’ai commencé par le dire à ma grand-mère, c’est une femme de caractère, mais toujours bienveillante. Elle est effondrée, mais elle reprend le dessus, et est d’accord, l’annoncer à ma mère ne va pas être une paire de manches. Elle m’assure de son soutien, j’entends les sanglots dans sa voix. Elle sera celle qui tiendra toujours le coup.

Le téléphone sonne, ma mère savait que j’avais un examen sanguin. Il est incroyable de constater qu’une femme dès qu’elle devient mère connaît « instinctivement » le Vidal par cœur. Je n’ose pas le lui dire… elle fait le premier pas, je recule… et elle fonce. Elle me fait un inventaire complet de toutes les pathologies existantes. Je sens qu’elle n’ose pas dire le mot, parce qu’elle doit se douter. Et enfin elle le dit « SIDA ? » Ma réponse est aussi courte « oui ». Comment décrire sa réaction, un cri sourd, mouillé par des larmes sans fin. Je ne sais quoi faire, elle n’est pas là, si j’avais été en face d’elle le l’aurais pris dans mes bras pour la rassurer et lui dire que tout va bien. Elle me demande de raccrocher. Elle a besoin de réfléchir, de se reposer. Le lendemain j’appelle mon médecin traitant, celle-ci est aussi le médecin de ma mère.  Elle va suivre de près ma mère.

Quant à moi, je vais bien.

Ma vie de couple en prend un coup. Indépendamment du VIH, nous nous séparons. C’est difficile, douloureux. Des mois passent, je décide qu’il était temps de reprendre ma vie. Je rencontre des garçons, je fais l’amour, je baise même. Un garçon me plait, je lui fais la cour, pendant des mois. Un soir nous nous croisons en boite, il m’embrasse tendrement, nous passons une merveilleuse soirée dans les bras l’un de l’autre. Autour d’un verre je décide de lui dire, « tu sais, je suis séropositif ». Il est désolé, presque effondré. La nuit passe, nous nous sommes bien amusés, ne voulant pas l’embarrasser, ne voulant pas que la question se pose, je décide de rentrer chez moi. Le lendemain, un message sur mon portable « je ne pourrais pas porter avec toi cette charge, j’ai trop peur ». Ce jour là, je sais que je vais devoir faire avec… mon truc en +.

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