Au commencement était le verbe : contaminer
Je fus contaminé un soir, j’étais bourré, et j’ai merveilleusement bien baisé. Le garçon était beau et les orgasmes fantastiques. Voilà pour le tableau, depuis je suis séropositif.
Je vois plus souvent mon médecin que ma grand-mère.
Apprendre ma séropositivité n’est pas le « pire moment de ma vie », il est juste un jour que j’aimerais oublier, mais qui est et sera toujours là, dans ma tête.
Le médecin qui a eu la charge de le faire, est mon médecin traitant depuis 10 ans. Celle ci est une femme sympa, elle n’hésite pas à me bousculer, à me gueuler dessus par rapport au trop grand nombre de cigarettes que je fume, de toute manière elle aime bien gueuler… elle le fait merveilleusement bien sur les dérives administratives de la Sécurité Sociale.
C’est une femme que j’estime.
Ce jour là, elle est différente, elle doit avoir l’habitude d’annoncer des séropositivités, elle est médecin généraliste à Paris, dans un arrondissement populaire… elle doit en voir des séropositifs… forcément…
Elle m’accueille chaleureusement, je sens sur moi son regard bienveillant… elle aurait envie de me faire un câlin que je ne me tromperais pas. Dès le départ elle me dit « Il y a un problème avec vos résultats, j’aurais vraiment aimé ne pas avoir à vous le dire, mais… vous êtes séropositif ». Que dire par Toutatix ; le ciel me tombe sur la tête, que faire ? Pleurer ? Hors de question, elle sent que je ne sais plus quoi dire et faire, elle me demande « il va falloir vous faire suivre, vous avez une préférence d’hôpital ? » Elle me donne la liste des hôpitaux parisiens. Je rentre chez moi, je suis seul.
Je suis en couple depuis quelques mois et nous vivons ensemble. J’aime mon homme, il arrive. J’explose en larmes dans ses bras, il me console en me demandant ce qui arrive. J’ai 24 ans, je vis une merveilleuse histoire d’amour. Je ne trouve qu’une seule chose à dire, répéter presque mots pour mots les paroles de mon médecin « il y a un problème avec mes résultats, je suis séropo… » A ce moment là, un seul mot sort de sa bouche, « merde ! » je pense que j’aurais eu la même réaction. Il est affectueux, présent.
Lui et moi avons la même question, « comment le dire à ma mère ? ».
Présentation : ma mère est née en Tunisie, fille d’une femme de militaire français elle-même née en Tunisie, elle n’a que moi dans sa vie. Elle a quitté mon père 4 mois après ma naissance. Certes elle a continué sa vie de femme, mais elle a tout misé sur moi. Je suis son tout, je suis son but. Faire de moi « quelqu’un de bien ». Je lui ai dit très tôt que j’aimais les hommes, elle n’y a vu aucun problème, juste une information donnée. Elle a été à mes côtés et a tout fait pour que je ne souffre pas de ma « petite différence ». Mais là, c’est autre chose, elle est la marraine d’un enfant ayant eu des problèmes de santé, elle sait donc que les hôpitaux, la maladie, ce n’est pas drôle, et puis… je suis son fils…
J’ai commencé par le dire à ma grand-mère, c’est une femme de caractère, mais toujours bienveillante. Elle est effondrée, mais elle reprend le dessus, et est d’accord, l’annoncer à ma mère ne va pas être une paire de manches. Elle m’assure de son soutien, j’entends les sanglots dans sa voix. Elle sera celle qui tiendra toujours le coup.
Le téléphone sonne, ma mère savait que j’avais un examen sanguin. Il est incroyable de constater qu’une femme dès qu’elle devient mère connaît « instinctivement » le Vidal par cœur. Je n’ose pas le lui dire… elle fait le premier pas, je recule… et elle fonce. Elle me fait un inventaire complet de toutes les pathologies existantes. Je sens qu’elle n’ose pas dire le mot, parce qu’elle doit se douter. Et enfin elle le dit « SIDA ? » Ma réponse est aussi courte « oui ». Comment décrire sa réaction, un cri sourd, mouillé par des larmes sans fin. Je ne sais quoi faire, elle n’est pas là, si j’avais été en face d’elle le l’aurais pris dans mes bras pour la rassurer et lui dire que tout va bien. Elle me demande de raccrocher. Elle a besoin de réfléchir, de se reposer. Le lendemain j’appelle mon médecin traitant, celle-ci est aussi le médecin de ma mère. Elle va suivre de près ma mère.
Quant à moi, je vais bien.
Ma vie de couple en prend un coup. Indépendamment du VIH, nous nous séparons. C’est difficile, douloureux. Des mois passent, je décide qu’il était temps de reprendre ma vie. Je rencontre des garçons, je fais l’amour, je baise même. Un garçon me plait, je lui fais la cour, pendant des mois. Un soir nous nous croisons en boite, il m’embrasse tendrement, nous passons une merveilleuse soirée dans les bras l’un de l’autre. Autour d’un verre je décide de lui dire, « tu sais, je suis séropositif ». Il est désolé, presque effondré. La nuit passe, nous nous sommes bien amusés, ne voulant pas l’embarrasser, ne voulant pas que la question se pose, je décide de rentrer chez moi. Le lendemain, un message sur mon portable « je ne pourrais pas porter avec toi cette charge, j’ai trop peur ». Ce jour là, je sais que je vais devoir faire avec… mon truc en +.

Très joli premier billet
Sensible et émouvant à souhait
On rentre de suite dans le vif du sujet
(^_^)
Ravi d’une plume aussi agréable et juste sur un sujet aussi difficile. Très bon article.
Que dire de plus, c’est le commencement d’un blog prometteur, tout en finesse, avec des phrases rythmées, une pointe d’humour, malgré la gravité du sujet. J’espère que grâce à tes mots, certains comprendront mieux et que certains préjugés tomberont. J’espère aussi que ça t’aidera toi et tous tes proches. Tu es un exemple pour nous tous. LoVe.
A.
Ton post me laisse sans voix… Je suis émue, touchée par ton témoignage, utile, sensible, sans détour. Il y a bien des gens qui auraient besoin de lire ces mots pour comprendre et arrêter de mépriser les homos et les séropos. Bon courage Kévin, et continue à l’assumer, en espérant que la société change son regard…
toute mon amitié Kevin.
j’ai toujours apprécié ta fantaisie alliée à ton sens du réel, politique et social.
bon, ce qui t’est arrivé est triste, c’est trop con.
je suis toujours quand des amis (en rut) sortent en disant (ou sans le dire) vont se bourrer la gueule ou prendre X trucs…
j’espère donc que tu es VRAIMENT bien suivi.
bises
Ph.
ça touche vraiment! Et le plus étonnant… Les réactions, les mots sont les mêmes! Un monde s’écroule pour laisser place à un nouveau, plus médicalisé, moins insouciant, plus sain, plus responsable…
La peur s’installe et même si l’on a deja lu des info sur le sida, etc… on se rend compte que l on ne sait rien… De nouveaux gestes de la vie quotidienne apparaissent: les gants mapa dans la pharmacie au cas ou je me blesse… mon rasoir planqué pour éviter que mon frere le prenne…
Et en fait je crois que c est vraiment ca le ressenti:comme tout le monde mais avec un truc en plus…
Au détour de ton histoire , qui est aussi celle de tant d’autres ou peut devenir un jour de hasard comme le tien celle de tant d’autres qui ne le savent pas encore … Tu trouves les mots , tu les assumes ,tu les vis … Merci pour ce partage d’émotions
c’est très émouvant. bravo pour ce beau texte témoignage avec ce style léger qui n’enlève rien à la gravité de la situation.
Un grand bravo à toi, qui manie les mots aussi bien que sa vie on dirait. Hâte de te relire au plus vite. Touché par ton post, je ne sais pas quoi dire de plus que “beau”.
Kevin, je suis touchée par ta confidence qui fait aussi office de prévention et de soutien compréhensif envers toutes les personnes qui sont touchées directement ou indirectement par le virus du Sida. Je suis étudiante et aussi assistante de langue française en italie et j’ai tenu à faire de la prévention sur les M.S.T., sur le Virus du Sida, mes élèves m’ont entendu et j’espère qu’ils m’écouteront, qu’ils t’écouteront. On a besoin de témoignage comme le tien qui me semble aussi riche d’amour… Aimons-nous! Love à toi et à toutes les personnes qui t’entourent . Love à toutes les personnes qui défient le tabou
Tu as du courage ; parler de ce sujet n’est certainement pas une affaire facile, mais tu le fait ; Et plutot bien.
Je trouve cette demarche admirable, et la simplicité des propos devrait aider certaines personnes a entamer la demarche de dialogue. Un bel exemple
Merci Kevin pour ce touchant témoignages qui résonne trop en moi.
Bisou.
P
Bonjour Kevin,
je vis depuis 30 ans avec mon compagnon seropositif depuis 20, nous aussi nous avons choisi de ne pas se cacher et de nous battre.. mais en te lisant je me rends compte que la blessure est tjr à vif… Comme le dit ton medeçin tu profiteras de ta retraite, mon copain en profite bien aujourd’hui…je suis convencu que , quand on le peut et on en a le courage il faut tjr regarder devant soi ..le visage découvert, nous ça nous a aidé..
en avant
Stef
Ma Burqa à moi est invisible…elle s’appelle SIDA.
Je suis ému en tout point avec ce témoignage. Lorsque j’ai cherché Kevin L. sur Google, beaucoup d’info avant ce post.
Il n’y a rien de plus beau que le courage d’un homme, qui, en accord avec lui-même, et ceux qui l’aiment, assume sans revendiquer, énonce sans dénoncer, évoque sans étaler…
J’ai eu l’opportunité d’écrire une chanson “J’ai rêvé d’un monde où les hommes…”
Je ne pensais pas que mon rêve soit un jour exaucé…
Comme m’ont soutenu mes ami(e)s…ne dis pas merci, dis encore…
Ton obligé Kévin
Salut et chapeau !!
Moi je n’ai toujours pas réussi à l’annoncer à ma famille et ça fait presque 19 ans que je vis avec le VIH… et c’est exactement ça ; j’accepte ma séropositivité mais je ne l’assume pas vis-à-vis des autres…
Je trouve que tu parles bien du sujet sans employer des mots pompeux et surtout avec une points d’humour, tout en restant respectueux de la gravité du sujet…important l’humour…
A bientôt.
Merci Kévin Gagneul de soutenir cette idée que les séropositifs doivent accepter leur maladie voire même se faire accepter dans la communauté.
Je m’appelle Juvénal NTANDIKIYE je suis séropo comme vous depuis 22 ans. A la seule petite différence que je suis hétérosexuel.
Je suis originaire d’un pays d’afrique le Burundi, l’annonce de ma séropositivité a été un calvaire. D’abord j’ai fait la prison, j’ai suspendu mes études universitaires par la simple raison que j’étais séropositif.
Ensuite j’ai été rapatrié dans mon pays manu militari parce je faisais mes études universitaires en chine.
Enfin je débarque dans mon pays sans bagage devant ma famille et tout mon entourage qui ne m’avaient pas vu pendant trois ans. L’inquiétude se lisait à leur visage dès mon arrive au Burundi.Pourquoi je rentre avant la fin de mes études.
Finalement, le silence a été très pesante sur moi, je n’avait pas de grandes épaules pour porter ce lourd fardeau moi seul.
J’ai décidé de devenir public du jour au lendemain parce que j’étais agacé par le regard et le jugement que les Burundais portaient aux séropositifs.
Mon idée c’était de démystifier la maladie. J’ai parlé que je suis séropositif pour la première fois à la télévision burundaise à visage découvert et j’ai bouleversé tous les burundais.Tous les codes de communication sur la maladie ont changé.
C’est beaucoup d’histoire qui s’en est suivi. Si vous voulez la suite, contactez-moi c’est très émouvant. C’est très bien d’en parler.
En conclusion je me trouve ici en France pour des raisons de soins ou je suis un refugié thérapeutique sans droit sauf le droit aux soins et beaucoup de devoirs.
Bon courage, l’ami.