Je suis atterré.

Hier le site internet d’information vih.org a publié un article relatant un jugement rendu par le Tribunal de Grande Instance de Paris.

Ce jugement et la cause de la plainte pose plusieurs questions.

De par le passé -et le présent- nous entendions parler ici ou là que des personnes séropositives, portaient plaintes contre d’autres personnes séropositives qu’elles jugeaient responsables de leurs séroconversions.

Des séropositifs contre des séropositifs, jusque là pas de soucis, ça ne dérange pas grand monde.

Selon vih.org donc, le 15 novembre 2011, le TGI de Paris est saisi d’une affaire opposant une personne séropositive contre deux personnes dont le statut sérologique n’est pas précisé.

Un plan à trois qui a mal tourné?

Nous ne le saurons pas et là n’est pas le problème. Ces deux personnes ont publiquement dévoilées le statut sérologique du plaignant.

Il est possible d’imaginer -au première abord- que cette procédure est le fruit de la judiciarisation de notre société et qu’en plus de tout demander aux enseignants et aux policiers (avec ou sans Kalachnikov d’ailleurs…), il est maintenant demandé aux juges de réglés tout nos différents et nos plus ou moins grandes contrariétés.

Combien de fois ai je eu à vivre les regards d’appel à l’aide d’amiEs qui dans une conversation dont certains participants m’étaient totalement inconnus, ceux ci me demandaient d’un regard insistant si oui ou non ils pouvaient parler de ma séropositivité. Bien évidement, cette interrogation était concomitante au sujet de la discussion.

Savoir que je suis séropositif alors que nous échangeons nos astuces pour rendre la couleur de nos caleçons plus éclatante n’a que très peu d’intérêt.

Il n’en demeure pas moins que les amiEs qui sont autour de moi savent que l’annonce de ma séropositivité m’appartient et que je suis seul à décider de dire ou de ne pas dire mon statut sérologique, quel qu’en soit la raison et le contexte.

Le tribunal dans son jugement reconnait que:

« la santé de tout un chacun est un élément de sa vie privée »…

MAIS

«  … il ne peut, dans certaines circonstances notamment quand un risque vital peut être encouru par des tiers être reproché à des tiers de mettre en garde […] des personnes susceptibles d’être touchées par ce virus. »

En gros, si un pote dévoile sans mon consentement mon statut sérologique, il n’est pas civilement responsable. Car des circonstances peuvent le justifier.

Mais alors lesquelles? Car cela peut ouvrir une porte qui serait difficile de refermer. Imaginez qu’un collègue dévoile la séropositivité de son voisin de bureau au Directeur… et que -comme si cela n’arrive jamais- l’employéE se fasse licencier, intouchable le collègue délateur? Non bien sur, donc le tribunal précise:

« le tribunal rappelle que le fait de taire sa séropositivité avant d’avoir des relations sexuelles est un délit »

Et bien voilà, un pas est franchi, et la mise au point est claire. Exit le risque au boulot, mais par contre au pieux, t’as intérêt à montrer patte blanche!

Sans rire, si je ne dis pas à mon potentiel futur partenaire/plan cul/fuck buddy que je suis séropositif, je suis en train de commettre un délit.

Si la dicibilité des personnes séropositives est à promouvoir et doit être un objectif à atteindre, celle-ci ne peut s’obtenir aux forceps. Ni socialement, ni dans un lit celle ci ne peut être contrainte et subit, c’est une chose encore trop souvent difficile à dire pour qu’en plus de cela la justice puisse s’en mêler.

Bien que je ne sois pas favorable à une Loi qui interdise totalement l’ouverture d’une procédure judiciaire, car le cas par cas doit demeurer, et c’est aux procureurs de la République de décider si oui ou non il y a matière à poursuivre, mais à condition que l’ensemble des magistratEs soient en mesure de comprendre et de juger en connaissance de cause. Cela implique donc une formation à l’Ecole Nationale de la Magistrature avant de siéger et de requérir. Est-ce le cas, j’en doute malheureusement.

Il est à craindre qu’une ligne rouge vienne d’être traversée. Le juge pensait-il une seule seconde de la portée de son jugement car il en a  une -ne serait-ce que symbolique- extrêmement importante, qu’il soit d’Assise, Correctionnel ou Civil, ce jugement donne un signal fort aux personnes atteintes par le VIH:

Vous l’avez, et vous devez le dire, quoi qu’il vous en coûte.