Bruno-Pascal Chevalier vient de partir.

Je consulte rapidement mon Facebook quand ma colocataire partage un statut, l’annonce du décès d’un militant, pas n’importe lequel, un vieux de la vieille, un acharné.

Souvent croisé, j’étais intrigué, mais qui est-il ? Qui est ce monsieur, qui semble être un pilier, un de ceux qui « font » …

Le déploiement de patchworks était une de ses actions, touchante et émouvante, qui interpelle,  fondamentale. 

Les morts du sida n’étaient pas oubliés, les anciens, ceux qui étaient morts dès le début, ceux qui sont maintenant dans notre histoire. Ceux qui sont notre histoire.

Il faut avoir participé à un déploiement du patchwork des noms pour mesurer l’importance de ces moments, certains diront que c’est larmoyant, oui, des gens pleurent, d’autres se recueillent, mais au moins, les noms qui y sont égrenés ne sont pas oubliés.

Rien de pire que l’oubli, c’est une double mort.

Et puis 2008, il fait la une des journaux télévisés. Contre les franchises médicales, il fait la grève des soins. La coupe est pleine, cette réforme qui fait payer (culpabiliser ?) les malade, par ce qu’ils sont malades l’insupporte, ajouter de l’injustice à l’injuste le pousse à mettre sa vie en danger. Il ne prendra plus ses médicaments pendant 9 mois (vidéo). Un rendez vous avec la Ministre de la Santé de l’époque (Roselyne) qui le sermonnera « comme une maman » -me dira t-il- rien y fait, la réforme passe, la Gauche est maintenant au pouvoir et rien n’est à l’agenda du Gouvernement pour supprimer cette disposition.

Et puis un jour de novembre 2010 il me contact sur Facebook, il a envie de publier sur internet mon témoignage, un de plus, mais qui pour lui semblait important « c’est bien que les jeunes le fassent aussi » … j’était impressionné, lui qui est passé par tant de choses, et moi si peu, bref, j’ai accepté, forcément.

Je le retrouve lors d’une cérémonie du souvenir organisée par Sidaction, à l’Artère dans le jardin de La Villette, monument de vie et de souvenir du Sida, ce lieu existe, trop oublié lui aussi … -si les lieux de mémoire sont eux aussi oubliés c’est qu’il y a encore du boulot- il est plus que jamais offensif, tendre, sa voix reconnaissable entre toutes (voyez Macha Beranger, et bah pareil), celle qui fait prendre conscience qu’il ne lâchera jamais rien.

Sa dernière lutte, il manifestait pour l’ouverture du mariage, l’adoption et la PMA, s’était hier.

Il s’en est allé aujourd’hui.