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Les dessus et dessous - chic - d'un virus, par Kévin Gagneul
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Non classé | 26.02.2014 - 11 h 50 | 3 COMMENTAIRES
Les étés en chimiothérapie

Les ratés et inconvénients de mes précédents traitements eurent un impacte important sur mon corps, j’ai contracté une forme de cancer de la peau appelé Sarcome de Kaposi.

BIM ! Et voilà, contaminé après l’arrivée des tritérapies, faut que je me tape un maladie opportuniste qui symbolise le plus les années noires du Sida, c’est ma veine.

J’ai mal géré ma mise sous trithérapie, des médicaments qui ne m’allaient pas, un bouleversement de vie qui m’a dépassé, j’ai au final tout fait voler en éclat, la crise que je pensais salvatrice, hors ce fut ma plus grande erreur.

Quand le (nouveau) médecin que je me suis choisi diagnostique les tâches et ce qu’elles sont, je dois avouer que je n’ai pas sur le moment vraiment pris conscience de ce que c’était. Je n’avais que deux petites tâches, ça faisait pas mal, bref, c’était vraiment rien.

Un mois après je faisais ma première chimiothérapie.

Le 31 décembre me voilà donc à l’hôpital pour ma première séance de chimiothérapie sachant que trois étaient au programme. Il ne fallait pas trop traîner, car bien que les tâches étaient minimes, une nouvelle venait de se former sur mon visage, en me rasant les cheveux j’ai découvert que mon crane en était recouvert et des lésions c’étaient formées sur mon tube digestif, car ce petit con peut aussi se développer à l’intérieur, LE CON.

Je rentre à la maison, un peu sonné, j’ai l’impression de vivre une autre vie, ce ne pouvait pas être moi qui venait de passer toute une après midi à l’hôpital avec dans le bras une perfusion de chimiothérapie, c’était incongru. Je passe la pire soirée (de réveillon du nouvel an, ne l’oublions pas) qui soit, fièvres à répétition, douleurs, un truc cloche. Le lendemain j’appel le médecin, rendez vous est prit le jour même.

Effectivement, quelque chose à bien cloché, j’ai fait une allergie à la chimiothérapie (bah voyons !), il change le protocole, et me revoilà deux semaines après à me refaire perfuser « pour la première fois », car oui, il faut reprendre au début, c’est trois injections du même produit, la première ne compte pas (bah voyons!²).

Je termine docilement cette chimiothérapie avec le sentiment de l’acte accompli, c’est bon, c’est fait, merci et au revoir… pour le moment. Le temps passe, mais la vie n’est pas toujours tranquille, elle. Je trébuche, je chute, je suis presque à terre. Quand une personne vivant avec le vih trébuche, c’est souvent le traitement qui en prend en coup, plus envie de le prendre avec des « à quoi bon », « pourquoi faire » « fait chier celui là ! ». C’est pas une règle, mais c’est quelque chose qui arrive, certains se reconnaîtrons surement.

J’ai trébuché, je me suis relevé sauf que maintenant il faut passer à la caisse et payé cash. j’ai stoppé mon traitement sans l’accord de mon médecin, maintenant il s’agit de régler la note, elle va être salée. Le Kaposi est de retour.

C’est à mes yeux maintenant que tout commence (ou se termine, c’est selon les jours). 

Juin/Juillet 2012 le médecin décide qu’une deuxième chimiothérapie est nécessaire, et il a raison. Les tâches sont là, elles sont bien là, et moi je commence à très mal le vivre, je compte et recompte leurs présence sur mon corps, elles commencent à m’obnubiler.

En écoutant le médecin, la chimio sera moins forte et vous, vous entendez « moins chiante », ce qui est une vue de l’esprit. Un produit peut être moins fort, il n’est pas dit que les effets secondaires seront moins importants. Comme la première, trois injections sont au programme.

#1èreInjection

C’est la même infirmière que la précédente fois qui s’occupe de moi, chouette, ça tombe bien je l’adore. C’est une infirmière douce et tonic, elle est sans concessions mais elle sait aussi entendre.

Il faut se représenter ce que peut être une après midi (13h-18h) à l’hôpital, c’est d’un chiant, mais d’un chiaaaaaaant ! Vous tourner, et vous retourner partout, vous lisez, vous dormez, vous lisez… et… vous fumez, beaucoup.

Je rentre enfin, un peu froissé, mais ça va encore, vous savez qu ce sera demain que les hostilités vont commencer. BINGO !

Demain est un Enfer, je n’existe plus, mon corps n’est plus, et mon esprit n’est encore là que pour être conscient des nausées et de la douleur.

#2èmeInjection

Mon médecin n’est pas là, il est en vacances (logique, nous sommes en Août) à Brighton (Ah oui, peut-être ne vous l’ai-je pas précisé, mon médecin est pédé). C’est donc une consœur qui va le remplacer.

Comment dire ? Cette femme est la représentation la plus puante, la plus ignoble, la plus hallucinante de la médecine. Elle sait tout, elle est dans SON monde, elle n’entend rien et en plus de ça, elle vous rembarre avec des explications aussi idiotes que Dora l’exploratrice.

J’avais un problème, mon dos me faisait mal, très mal, à m’en faire pleurer. Son explication était simple « votre lit est de mauvaise qualité ».

Bon, comme c’était pas avec une aiguille dans le bras que j’allais pouvoir lui sauter au cou, je me suis tue, et j’ai laissé couler.

Deux jours après j’étais aux urgences parce que la douleur étant si intense que je voulais m’en arracher la colonne vertébrale. Le médecin des urgences ma confirmera bien que cette douleur est un effet secondaire de la chimiothérapie, j’en ressors avec des antalgiques assez forts pour endormir 10 chevaux.

#3èmeInjection

J’arrive à l’hôpital la bouche en cœur, et c’est avec un voix mielleuse que je demande à l’infirmière d’interdire au docteur P**** d’entrer dans ma chambre, de m’approcher, de me parler, bref, de s’occuper de moi. je lui explique la raison, elle ne dit rien, mais elle comprend bien le pourquoi. Je n’aurais plus à revenir sur l’incompétence de ce médecin qui n’a pas été en mesure d’entendre une souffrance, parce que pour certains médecin, le traitement vaut plus que le patient.

C’est une peu une manière d’adapter à la médecine le fameux et si horripilant « il faut souffrir pour être belle ! »

Deux semaines après l’injection, j’ai envie de m’éclater, il fait beau, il fait chaud, y a des amis et un joli garçon à coté de moi (oh ne vous excitez pas, c’était un touriste portugais, il n’allait donc pas rester bien longtemps). Bref, je vais sortIIIIIIr, direction Disneyland ilico !

La journée se passe bien, le pied total, on imagine pas à quelle point c’est un bonheur de pouvoir profiter de son énergie et de son corps enfin retrouvé.

Une marque au milieu du dos apparaît, je fais un malaise au boulot et donc je rentre chez moi. Deux jours après, le médecin m’annonce que, ayant le corps faible (la chimiothérapie fait baisser le nombre des globules blancs -ceux chargés de vous défendre avec leurs petits bras musclés-) et que exposé à un stress important, je suis en train de développé un Zona -Bonheuuuuuuuuuuuu !-

En gros, et pour faire simple, je vais rester 2 mois allongés parce qu’un virus de merde que j’ai attrapé il y a 25 ans (le virus du Zona s’attrape en même temps que celui de la varicelle) à décidé de faire surface et me me tordre de douleurs, car oui, le Zona n’est pas que chiant, il est douloureux, affreusement douloureux. il faut imaginer des spasmes qui vous contractes et où vous ressentez la douleur d’un coup de couteau dans le dos.

Le temps passe et rien n’est encore terminé, il faut faire le bilan de la chimiothérapie.

Un bilan sans nuances, la chimiothérapie n’a eut aucun effet.

Je demande au médecin si’il faut que je me prépare à une énième chimio, j’y suis plutôt pour … moi ces marques sur le corps, je commence à de moins en moins les supporter. Il refuse.

QUOI ? Tu refuses enculé de ****** ? Non mais oh, je suis quoi moi ? Je suis qui ? D’où tu prends cette décision à ma place (vous sentez la colère là ?). bah oui, il refuse parce que vraiment mon corps est trop faible et que c’est un risque qu’il ne veut pas prendre, donc va falloir attendre encore un peu.

Un peu ? Au final je vais attendre un an.

Au bout d’un an donc mon médecin et moi programmons une 3ème chimiothérapie, celle-ci se fera en 6 séances (les précédentes c’était 3) elle occupera tout mon été… et un peu plus encore.

J’ai traversé cette chimiothérapie comme un long tunnel sans fin, je me suis bouché le nez et j’ai marché.

Supportant les nausées, les douleurs articulaires, les longues séances d’injection ou le temps semble si long.

Elle fut la plus compliquée, celle qui m’aura le plus marqué.

Surement celle qui aura cassé un truc en moi.

 

 

 

 

 

LES réactions (3)
Les étés en chimiothérapie
  • Par Martin-pêcheur 26 Fév 2014 - 14 H 03
    Photo du profil de Martin-pêcheur

    Et finalement quelle est la conclusion de cette dernière chimio? A t-elle eu raison du sarcome? En tout cas quel courage pour supporter tant de chimio en si peu de temps avec en plus la trithérapie. C’est pas donné à tout le monde!

     
  • Par Cyril 21 Août 2015 - 15 H 00

    repose en paix Kévin

     
  • Par Valba 21 Août 2015 - 16 H 01

    Temoignage très émouvant. Là vie est pleine de héros et de tragédies ordinaires m’à dit un jour un oncologue quand j’essayais d’avoir des réponses concernant le cancer de ma mère. On ne s’en remet pas de ces épreuves. En effet quelque chose se casse. Et toutes ces souffrances et toutes ces peurs. Et la vie autour qui continue comme si chacun était éternel. Les malades sont finalement les seuls à nous ouvrir les yeux. Merci d’ecrire. Ces piqûres de rappels sont plus que vitales. Personnellement, je n’ai jamais autant grandit qu’en fréquentant les services de maladies graves.

     
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