La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

MON TRUC EN +
Les dessus et dessous - chic - d'un virus, par Kévin Gagneul
Non classé | 15.01.2010 - 15 h 34 | 36 COMMENTAIRES
Au commencement était le verbe : contaminer

Je fus contaminé un soir, j’étais bourré, et j’ai merveilleusement bien baisé. Le garçon était beau et les orgasmes fantastiques. Voilà pour le tableau, depuis je suis séropositif.

Je vois plus souvent mon médecin que ma grand-mère.

Apprendre ma séropositivité n’est pas le « pire moment de ma vie », il est juste un jour que j’aimerais oublier, mais qui est et sera toujours là, dans ma tête.

Le médecin qui a eu la charge de le faire, est mon médecin traitant depuis 10 ans. Celle ci est une femme sympa, elle n’hésite pas à me bousculer, à me gueuler dessus par rapport au trop grand nombre de cigarettes que je fume, de toute manière elle aime bien gueuler… elle le fait merveilleusement bien sur les dérives administratives de la Sécurité Sociale.

C’est une femme que j’estime.

Ce jour là, elle est différente, elle doit avoir l’habitude d’annoncer des séropositivités, elle est médecin généraliste à Paris, dans un arrondissement populaire… elle doit en voir des séropositifs… forcément…

Elle m’accueille chaleureusement, je sens sur moi son regard bienveillant… elle aurait envie de me faire un câlin que je ne me tromperais pas. Dès le départ elle me dit « Il y a un problème avec vos résultats, j’aurais vraiment aimé ne pas avoir à vous le dire, mais… vous êtes séropositif ». Que dire par Toutatix ; le ciel me tombe sur la tête, que faire ? Pleurer ? Hors de question, elle sent que je ne sais plus quoi dire et faire, elle me demande « il va falloir vous faire suivre, vous avez une préférence d’hôpital ? » Elle me donne la liste des hôpitaux parisiens. Je rentre chez moi, je suis seul.

Je suis en couple depuis quelques mois et nous vivons ensemble. J’aime mon homme, il arrive. J’explose en larmes dans ses bras, il me console en me demandant ce qui arrive. J’ai 24 ans, je vis une merveilleuse histoire d’amour. Je ne trouve qu’une seule chose à dire, répéter presque mots pour mots les paroles de mon médecin « il y a un problème avec mes résultats, je suis séropo… » A ce moment là, un seul mot sort de sa bouche, « merde ! » je pense que j’aurais eu la même réaction. Il est affectueux, présent.

Lui et moi avons la même question, « comment le dire à ma mère ? ».

Présentation : ma mère est née en Tunisie, fille d’une femme de militaire français elle-même née en Tunisie, elle n’a que moi dans sa vie. Elle a quitté mon père 4 mois après ma naissance. Certes elle a continué sa vie de femme, mais elle a tout misé sur moi. Je suis son tout, je suis son but. Faire de moi « quelqu’un de bien ». Je lui ai dit très tôt  que j’aimais les hommes, elle n’y a vu aucun problème, juste une information donnée. Elle a été à mes côtés et a tout fait pour que je ne souffre pas de ma « petite différence ». Mais là, c’est autre chose, elle est la marraine d’un enfant ayant eu des problèmes de santé, elle sait donc que les hôpitaux, la maladie, ce n’est pas drôle, et puis… je suis son fils…

J’ai commencé par le dire à ma grand-mère, c’est une femme de caractère, mais toujours bienveillante. Elle est effondrée, mais elle reprend le dessus, et est d’accord, l’annoncer à ma mère ne va pas être une paire de manches. Elle m’assure de son soutien, j’entends les sanglots dans sa voix. Elle sera celle qui tiendra toujours le coup.

Le téléphone sonne, ma mère savait que j’avais un examen sanguin. Il est incroyable de constater qu’une femme dès qu’elle devient mère connaît « instinctivement » le Vidal par cœur. Je n’ose pas le lui dire… elle fait le premier pas, je recule… et elle fonce. Elle me fait un inventaire complet de toutes les pathologies existantes. Je sens qu’elle n’ose pas dire le mot, parce qu’elle doit se douter. Et enfin elle le dit « SIDA ? » Ma réponse est aussi courte « oui ». Comment décrire sa réaction, un cri sourd, mouillé par des larmes sans fin. Je ne sais quoi faire, elle n’est pas là, si j’avais été en face d’elle le l’aurais pris dans mes bras pour la rassurer et lui dire que tout va bien. Elle me demande de raccrocher. Elle a besoin de réfléchir, de se reposer. Le lendemain j’appelle mon médecin traitant, celle-ci est aussi le médecin de ma mère.  Elle va suivre de près ma mère.

Quant à moi, je vais bien.

Ma vie de couple en prend un coup. Indépendamment du VIH, nous nous séparons. C’est difficile, douloureux. Des mois passent, je décide qu’il était temps de reprendre ma vie. Je rencontre des garçons, je fais l’amour, je baise même. Un garçon me plait, je lui fais la cour, pendant des mois. Un soir nous nous croisons en boite, il m’embrasse tendrement, nous passons une merveilleuse soirée dans les bras l’un de l’autre. Autour d’un verre je décide de lui dire, « tu sais, je suis séropositif ». Il est désolé, presque effondré. La nuit passe, nous nous sommes bien amusés, ne voulant pas l’embarrasser, ne voulant pas que la question se pose, je décide de rentrer chez moi. Le lendemain, un message sur mon portable « je ne pourrais pas porter avec toi cette charge, j’ai trop peur ». Ce jour là, je sais que je vais devoir faire avec… mon truc en +.

Publicité